ETAT DES LIEUX
La question de l’avortement reste parmi les sujets les plus
sensibles au Maroc, bien qu’il soit pratiqué clandestinement
chaque jour.
Au Maroc, le nombre de grossesses non désirées est évalué à un
millier par jour et leurs circonstances diverses :
§
Echec ou absence de contraception,
§
Viol,
§
Inceste,
§
Filles mineures,
§
Femmes âgées de plus de 45 ans,
§
Pathologies psychiatriques,
§
Malformations fœtales,
§
Situations sociales dramatiques,
§
Grossesses mettant en jeu la santé, voire la vie de la mère.
Face à cette situation, le Maroc dispose d’un système législatif
très restrictif :
Selon l’article 453 du Code pénal, l’avortement n’est autorisé
que dans le cas où la VIE OU LA SANTE DE LA mère SONT MIS EN JEU
MAIS TENIR COMPTE DE SA SANTE PSYCHIQUE . Or, si l'on se
réfère à la définition que l'O.M.S, dont le Maroc est membre, on
constate que la définition de la santé prend en compte à la fois
l'aspect physique et mental : "la santé est un état de complet
bien-être physique, mental et social et ne consiste pas
seulement en une absence de maladie ou d'infirmité".
LA LOI punit EN OUTRE et l’avorteur et l’avortée ainsi que les
personnes intermédiaires sauf quand il s’agit de préserver la
santé ou la vie de la mère.
L’avortement n’est malheureusement pas autorisé en cas de viol,
d’inceste, de femmes qui souffrent de pathologies psychiatriques
(retardées mentales qui représentent une proie facile pour des
individus sans scrupules) de mineures ou encore en cas de
malformations fœtales graves pouvant être létales ou engendrer
un lourd handicap psycho moteur à la naissance.
Résultat de cette situation
On évalue, en effet, à (600 à 800)
le nombre de cas d’avortements clandestins pratiqués
quotidiennement à travers le Maroc.
500 à 600 avortements clandestins par jour sont médicalisés et
effectués par des gynécologues, généralistes, chirurgiens, etc.
L’acte est très lucratif (1 500 à 10 000 Dh selon la patiente,
la durée de la grossesse et le médecin) mais occasionne du
stress et un risque d’incarcération pour le médecin.
150 à 200 avortements AUTRES sont CARREMENT NON MEDILALISEES ET
SONT effectués chaque jour dans des conditions sanitaires
catastrophiques par des infirmières, sages-femmes, kablates,
faiseuses d’anges, etc. Le coût est certes moins élevé mais les
complications très graves.
Selon l’OMS, 13% de la mortalité maternelle qui reste ENCORE
très élevée au Maroc , est imputé à l’avortement.
Et encore, ces statistiques sont très largement sous-estimées,
étant donné l’illégalité de l’acte et le caractère tabou du
sujet. Elles ne prennent pas en compte le grand nombre de
suicides OU D’EXPULSIONS DU GIRON FAMILIAL liés aux grossesses
illégitimes. En outre, le mal va parfois bien au delà de
l’avortement. Car quand elles échappent à la mort, bon nombre
d’accouchées garderont des séquelles organiques (stérilité,
entre autres) et psychiques (dépressions).
Le seul service de la maternité des Orangers, reçoit
quotidiennement des patientes ayant rompu leur poche des eaux
aux alentours de 20 semaines, que faire ?
Laisser poursuivre la grossesse AVEC UN RISQUE CERTAIN
D’INFECTION ET UNE CHANCE NULLE D’OBTENIR UN NOUVEAU NE VIVANT
EN BONNE SANTE OU LES FAIRE AVORTER ?MAIS ALORS COMMENT ET AVEC
QUOI ?
CERTAINES PAR CONTRAINTES OU PAR DEPIT SE TROUVENT OBLIGEES DE
GARDER LA GROSSESSE ,QUE SERA LEUR AVENIR A ELLES ET CELUI de
tous ces enfants abandonnés à l’hôpital ou dans la rue ?
Face à cette situation, l’Association marocaine de lutte contre
l’avortement clandestin (AMLAC) créée en 2008
propose quelques pistes de réflexion :
ROMPRE LE SILENCE ET BRISER EN OUVRANT UN DEBAT NATIONAL PAR LES
MEDIAS ?LES CONFERENCES DE SENSIBILISATIONS
Mettre l’accent sur la prévention :
Ø
en encourageant une éducation sexuelle au profit des jeunes
gens et des jeunes filles au sein de la famille, des
établissements scolaires, universitaires et de formation
professionnelle, des maisons de jeunes, d’associations de
quartier, etc. ou par les médias.
Ø
Il faudrait également faciliter l’accès à des moyens
contraceptifs efficaces et pourquoi pas, à la pilule abortive,
sous contrôle médical.
Enfin, il est urgent d’actualiser et d’assouplir la loi sur
l’avortement, comme l’ont fait plusieurs pays, dont DES
MUSULMANS COMME la Tunisie ,LA TURQUIE ET CEUX DE L’EX URSS. Au
Maroc, la loi actuelle n’autorise l’avortement qu’en cas de
pathologies maternelles graves, pouvant mettre en danger la vie
de la mère ou de l’enfant. Il serait judicieux d’étendre cette
précaution aux pathologies fœtales et certaines situations
sociales. Il faudrait aussi que le législateur permette
d’interrompre une grossesse consécutive au viol ou à l’inceste,
par exemple. Évidemment, cet assouplissement de la loi sur
l’avortement devra être étroitement cadré et entouré de
garde-fous très stricts : les indications d’interruption de
grossesse devront être minutieusement définies par un comité
d’éthique et, sauf cas exceptionnels, fixées par la loi. En tout
état de cause, l’avortement ne devrait pas intervenir au delà de
deux mois de grossesse,SAUF EN CAS DE MALFORMATIONS FŒTALES OU
IL POURRAIT ETRE REALISE JUSQU'A QUATRE MOIS
Les conséquences de cet assouplissement de la loi auront
sûrement un impact très POSITIF :
Les objectifs de l’AMLAC peuvent être résumés comme suit :
§
Briser le tabou en débattant au niveau national du problème de
l’avortement
clandestin et ses nombreuses conséquences,
§
Sensibiliser le corps médical, les femmes et les jeunes filles,
l'opinion publique
et les média audio-visuels contre les risques liés à
l'avortement,
§
Dénoncer aux autorités, en se constituant partie civile, les
pratiques barbares
(sources de complications tragiques),
§
Plaider auprès des responsables politiques afin de proposer au
parlement un amendement
de la loi jugée inadaptée à notre contexte médico-social.
Les blocages à l’assouplissement de la loi ne semblent pas être
d'ordre religieux. La majorité des religieux contactés y sont
favorables et autoriseraient l'avortement jusqu'à 42 jours (la
vie n'étant insufflée chez le foetus qu'entre 42 jours et 4 mois
de grossesse) en cas de besoin (al haja) et jusqu'à 4 mois en
cas de nécessité (addaroura).
En fait, il n'y a pas réellement de blocage, il suffit que les
responsables politiques accordent à la question l’importance qui
lui revient, travaillent dessus et la solution sera trouvée.
L’article 453 du code pénal qui autorise l'avortement pour
préserver la santé de la mère, doit simplement préciser que la
santé selon l'OMS constitue la santé physique et psycho sociale,
donc c'est simplement de l'ijtihad.
L’AMLAC a d’ores et déjà le soutien de nombreuses personnalités.
Son action a beaucoup évolué depuis sa création grâce à la
constitution d’un groupe de soutien fait de personnalités très
actives dans la société civile ,AUSSI GRACE A L’ORGANISATION
D’UNE JOURNEE D’ETUDE SUR L’AVORTEMENT AU SEIN DU PARLEMENT AVEC
LE SOUTIEN DU PJD ET L’ORGANISATION LES 28/29 MAI 2010 D’UN
CONGRES NATIONAL SUR LA QUESTION.
Précisons enfin que l’AMLAC ne cherche nullement à encourager
la liberté des mœurs ni de libéraliser l’avortement mais
simplement de donner un cadre légal strict à un phénomène qui
existe de fait et engendre des complications et des drames dont
la société civile et notamment les gynécologues sont témoins
au quotidien.